Adoucir la galère

Les chiens des SDF sont sans doute ceux qui vivent le plus au contact de leur maître. Un échange constant se fait entre eux et toute séparation est durement ressentie par l'un comme par l'autre...

Les chiens des SDF sont sans doute ceux qui vivent le plus au contact de leur maître. Un échange constant se fait entre eux et toute séparation est durement ressentie par l'un comme par l'autre. Et parce que l'administration exige en principe que leurs chiens soient confiés aux domaines avant de s'occuper d'eux, des hommes à la dérive préfèrent se priver d'un toit, d'un repas chaud et d'un soutien logistique pour rester avec leur compagnon de galère. Un schéma stupide qui n'a pas cours sur la péniche-accueil de la Fondation Trente Millions d'Amis, en service depuis 18 mois avec l'aide de l'Ordre de Malte.

Animaux bienvenus

Quai André Citroën, le Fleuron devient une institution que les touristes en goguette demandent à visiter. Des Américains l'ont pris pour un restaurant ! A bord, 25 cabines à deux places sont à la disposition des personnes démunies... et de leur animal. La DDASS et parfois le SAMU Social dirigent ceux qui ont besoin d'aide sur ce bâtiment de la dernière chance.

La chaleur et le respect

"Nos hôtes restent quelques jours à quelques semaines, précise Réha Hutin, présidente de la Fondation. Ils trouvent à bord une chaleur qui leur fait le plus souvent défaut. Et surtout un respect qu'on ne leur a pas témoigné depuis longtemps. Leur armoire et leur cabine ferment à clef, des bénévoles servent les repas à des heures précises, organisent après des jeux de société. Deux fois par semaine, le médecin, le conseiller juridique et le vétérinaire viennent consulter sur place. Nous avons un taux de réinsertion formidable."

Un lien animal

La conversation s'organise souvent autour des chiens. Extrêmement bien élevés, très socialisés car habitués à côtoyer la foule dans la rue, ils acceptent la muselière dans les locaux communs et n'ont jamais causé le moindre problème. Sur le Fleuron, on n'a pas peur des Pits ! Rien que pour eux. Les cabines sont pourvues d'un coin spécial animaux, avec gamelles et caillebotis. Ceux qui n'ont pas de chien sont en général heureux de profiter de celui de leur compagnon de chambre. La vie collective prépare en douceur à une réinsertion dans la société.

Une chaîne de l'espoir ?

"Vivre avec son animal est un privilège, rappelle Réha Hutin. Et les SDF ont toute l'année besoin d'un coup de pouce : a-t-on besoin de crever de froid pour être aidé ? Le Fleuron, c'est une action au long cours que nous aimerions pouvoir installer dans d'autres villes. Les municipalités de Nice et de New-York ont déjà envoyé des observateurs. Nous avons à coeur de prouver à tous qu'avec de la bonne volonté à tous les niveaux, on peut y arriver."